Publié le 31.01.2017

Le Bol d’Or Mirabaud de Flying Buzz

  • Première participation des petits catamarans en 2016: les C1 font leur entrée au Bol d’Or Mirabaud. L’équipage du Nacra F20 Flying Buzz, Marc Cheli et Marcus Wahlin, nous replonge dans cette édition par l’intermédiaire d’un récit exaltant. Il saura convaincre tous les hésitants à faire le déplacement pour le Bol d’or Mirabaud 2017… Bonne lecture !

    « Nous y voici, pas de marche arrière possible! Les catamarans de sport de type C1 (18 à 21 pieds en équipage de deux) peuvent prendre part à la régate en eaux fermées la plus importante et la plus prestigieuse au monde, le Bol d’Or Mirabaud. Plus de 500 unités engagées dans une régate sur un plan d’eau de 580 km2, qui répertorie une dizaine de vents principaux, avec pour objectif la victoire pour certains, le passage de la ligne d’arrivée pour d’autres. Je ne sais pas encore ce qui m’attend et bien que préparé mentalement à tout je ne me doute pas de la tournure que va prendre cette participation, le Léman ayant visiblement décidé de nous offrir cette année toute la palette de vents, de temperatures, de phénomènes météo et d’éclairages possibles!
     
    Avant l’inscription des équipages et bateaux nous avons une première épreuve à passer: l’admission, après vérification du CV nautique par Yoann Lelièvre, notre ange gardien durant le Bol. La préparation se doit donc d’être à la hauteur de l’événement: rendre le bateau et l’équipement des navigateurs conformes aux règles de sécurité, puis optimiser le cata pour une épreuve de longue distance. 

    Le jeudi 9, montage du bateau au Port Noir. L’organisation a installé une rampe de mise à l’eau, les barrières de délimitation de la zone de parking des bateaux et des remorques sont posées, des lampes à gaz pour l’éclairage de la zone durant la nuit sont dressées sur l’esplanade. Bref, c’est “Tip-Top”. Vendredi, la tension monte et l’esplanade du Port Noir se remplit, de nombreux concurrents étrangers ont fait le déplacement.

    Samedi: réveil à 5h20. Petit déjeuner solide, fabrication d’un gateau énergétique. Marcus a préparé nos vivres: 6 litres d’eau, un thermos de café, un thermos de thé sucré, 6 sandwiches, 14 barres énergétiques et 4 Biberli. Cela me semble beaucoup, mais l’avenir donnera raison à Marcus. Une mention spéciale encore pour l’organisation avec deux bénévoles pour nous aider à descendre les bateaux à l’eau.
     
    Nous sommes donc sur la droite de la ligne de départ des multicoques, entre le bateau start et la première bouée. La première opération consiste à “pointer” la ligne de départ sur notre GPS, opération que nous devons répéter plusieurs fois car la bouée qui nous sépare des “grands” multicoques est déplacée plusieurs fois pour être parfaitement dans l’alignement. Nous décidons de notre stratégie de départ, milieu de ligne, spinnaker sorti, lancé “pleine balle”. 
     
    Il est 10 heures. Le coup de canon retentit, notre stratégie fonctionne parfaitement et notre départ est réussi mais nous découvrons un plan d’eau “démonté” par les vagues croisées qui empêchent une navigation stable. Une fois la bouée de dégagement passée, le lac tout entier s’offre à nous avec pour seul but la barge du Bouveret et une multitude de choix de route sur plus de 500km2. 

    Le vent, d’une vitesse de 12 à 15 nœuds, est bien présent et permet de voler. Malheureusement, l’absence d’incidence positive sur les élévateurs nous empêche toute stabilisation du vol et nous devons ralentir pour corriger cette erreur de jugement. Re-départ, avec cette fois les bons réglages. Nous nous mettons à rêver d’un Bol continu sur coussin d’air. C’est sans compter avec les variations d’intensité dont Eole nous gratifie, et qui nous valent un chavirage “propre en ordre”. Nous repartons 4 minutes plus tard, le moral au fond des bottines, persuadés que notre retard ne peux être comblé. Erreur!
     
    Entre Gland et Rolle, le Jura se “charge” méchamment en nébulosité et nous remarquons qu’au centre du Lac, toute la flotte est statique. Nous décidons donc de faire plus de chemin en contournant ce qui nous semble être une bulle de “non-vent”. S’ensuit la traversée en direction du Bouveret. La demie-heure suivante nous donne raison, mais celle d’après nous donne tort. A 19h00, nous contournons la barge du Bouveret et fermons la marche des C1 avec Black, qui nous a rejoint depuis Evian. Nous choisissons ensuite de profiter d’un faible courant de Vaudaire pour “glisser” le long de la côte. Bien nous en prend, et nous nous retrouvons ainsi, deux heures plus tard, non loin d’Evian, avec une vue magnifique sur les nuages d’orage posés sur Genève, éclairés toutes les deux minutes par des éclairs qui ne laissent rien présager de bon pour la suite de notre périple. Nous nous préparons en mangeant notre avant-dernier sandwich, buvons, enfilons un mérinos sec et préparons Buzz: Haubans tendus, safran à incidence zéro, foils à -2 degrés remontés de 1 mètre, mât courbé au maximum, cunningham à fond. Je signale à Marcus qui lui, est toujours dans un mode “gagne” que je ne me sens pas de traverser l’orage à l’aveuglette. Au moment où l’orage nous arrive dessus, nous décidons de faire des allers retours le long des quais d’Evian, bien garnis en éclairage public. Dix minutes plus tard, un dernier éclair s’abat à l’extrémité ouest d’Evian, juste à 500m de nous. La visibilité devient correcte. Nous nous lançons. 25 à 30 noeuds de vent, 20 à 23 nœud en vitesse bateau, en grand largue, le rail bien ouvert, Buzz est simplement royal; bien à plat, aucun enfournement. Ce moment de pure glisse est très grisant et notre plate-forme très rassurante. Une coque éclairée en vert, une autre en rouge, les lumières de la côte en cible. Ces éléments lumineux sont nos seuls repères visuels. Nous sommes néanmoins attentifs aux monocoques qui croisent notre route (c’est fou le trafic sur le Léman, la nuit!) mais la différence de vitesse est notre meilleur atout. Les équipages croisés ont dû halluciner à la vision de ces étraves lumineuses, un mètre au dessus des flots noirs, fendant l’obscurité à 15 nœuds.
     
    Au niveau de Thonon, fin de la magie. Nous entamons notre longue, très longue, trop longue remontée sur Yvoire puis Genève. Nos pointes de vitesse sont de 6 nœuds, mais la majorité du temps, nous nous traînons à 4 voir 3 nœuds. Nous sommes trempés et la gestion du froid occupe maintenant une grande partie de notre cerveau. Marcus m’incite à manger et à boire du thé chaud. Nous nous relayons à la barre car la fatigue est intense et les endormissements intempestifs fréquents. Le jour se lève et nous rêvons de soleil. Mans la couverture nuageuse sur le haut-lac ne laisse aucun doute quant à l’impossibilité de bénéficier du réchauffement d’un quelconque rayon ultra-violet… Nous endurons notre pensum des heures durant.
     
    Enfin la rade est en vue: la cabine “start” et le panneau horaire rouge sont bien visibles, mais une soixantaine de minutes seront encore nécessaires pour rallier l’arrivée. Sur le dernier mile, un vent d’une dizaine de nœuds nous redonne un peu de plaisir et nous permet de nous installer aux trapèzes. Même à 6h du matin, le commentateur à l’arrivée est encore bien présent et nous coupons la ligne après 20 heures 07 minutes et 21 secondes, ce qui nous donnera plus de 23 heures en temps compensé. Nous terminons derniers des C1 “finishers”. Sur 20 inscrits, 19 partants, 13 ont fini, 12 sont classés.
     
    Un grand bravo à Robin Maeder et Félicien Ischer qui, avec un âge moyen de l’équipage de 20 ans, nous démontrent encore que le talent n’attend pas les années et que bien barré, l’Eagle 20 XXL joue la première place. En résumé, ce Bol d’Or Mirabaud qui est pour nous un défi sportif au même titre que pour tous les autres navigants sur tous les autres supports utilisés. Le Léman nous a offert un terrain de jeu fantastique, qui a transformé notre régate en aventure pour notre plus grand bonheur. L’édition 2016 est finie, vivement l’édition 2017! »
     
    Marc

    ©DR

Dernières actualités DU Bol D'OR Mirabaud

Top